Routes boréales : itinéraire en ébauche

Un de ces prochains étés, je m’en vais rouler pendant 5 mois dans les territoires sauvages du Grand Nord européen : 3 mois au-delà du cercle polaire, 1 mois 1/2 de jour continuel, 3 mers, 3 pays, 3 peuples… Tout ça, à travers la taïga et la toundra, en cyclo, en bivouac et en solo.

Une route près de Tana, dans le Sápmi norvégien. Années 50

Une route près de Tana, dans le Sápmi norvégien. Années 50

Petits bouts de rêves enfin assemblés

Ce voyage m’attend depuis très longtemps. Il me mènera sur les terres du Sápmi, en Suède, en Finlande et en Norvège. J’ai tracé une ébauche d’itinéraire sur googleearth. Ca permet de voir un peu où je veux en venir. Tout ça semble bien en place, bien carré, mais c’est surtout pour noter les endroits où j’ai envie de passer. Et aussi, parce que j’aime me perdre dans les cartes… Beaucoup de nouvelles routes se dessineront sur place ! Dans les régions un peu plus peuplées, j’irai selon les envies et les rencontres. Plus au nord, c’est différent car il n’y a souvent qu’une route à 50 km à la ronde, sur laquelle les minuscules villages sont espacés de 60 km… Actuellement, j’apprends le suédois, que je pourrai également parler en Norvège car les deux langues sont très proches.

itinéraire sapmi 2018

Chaque nuance de vert correspond à un mois de voyage. La courbe grise représente le cercle polaire arctique. Les frontières sont en jaune. Départ de Stockholm début mai, arrivée à Göteborg fin septembre. Je prévois un minimum de 1000/1500 km par mois, ce qui est peu. Mais je souhaite avoir toute latitude pour suivre mes envies au fil de la route et des rencontres, comme faire un détour de plusieurs centaines de kilomètres ou m’arrêter quelques jours.

Au gré des émotions, je suivrai trois fils rouges : l’habitat en région sauvage, les petites routes et la poésie. L’habitat en région sauvage s’inscrit dans mon exploration du thème ‘habiter la nature’. Dans ce cadre, le long de mes routes boréales, j’irai à la rencontre des personnes vivant dans les régions sauvages du Nord de l’Europe. Perpétuation de pratiques et habitat traditionnel ou choix de vie et habitat alternatif, je pose sur ces manières d’habiter un regard hérité de mes études en anthropologie, fortement teinté de fascination et d’admiration. Et d’espoir aussi, pour qu’un jour nos sociétés recommencent à vivre avec le vivant.

Mai : côte baltique

sapmi mai 2008

Au mois de mai, je longe la côte baltique suédoise, de Stockholm à la frontière finlandaise. Cette étape devrait être facile, quoiqu’un peu longue. Les régions sont peuplées, les villes historiques, et la mer fréquentée : donc, peu de pertes de repères pour me mettre en jambes.

Juin : de taïga en toundra

sapmi juin 2018

Au mois de juin, je traverse tout le Sápmi finlandais, en passant par Rovaniemi et Inari, et je rejoins la ville la plus à l’est de la Norvège, Kirkenes. Je vais aussi quitter la forêt boréale pour passer plusieurs semaines dans la toundra. Je monte donc tout au Nord, pour découvrir les presqu’îles et les fjords sauvages bordés par la mer de Barents, à l’est du Cap Nord (que j’éviterai d’ailleurs, car il y a trop de monde à mon goût). Ensuite, je retourne dans les terres pour rejoindre le cœur du pays same norvégien. Je serai par là pendant le solstice, le 21 juin, fête célébrée par les Samis et les Scandinaves.

Avant les péninsules, j’aimerais faire un « petit » crochet de 450 km, en Russie, jusqu’à Mourmansk, là à l’est de Kirkenes. Mais ça semble compliqué administrativement. Cette région a l’air sublime et décadente, blessée par l’histoire et quasiment déserte. On a le droit de traverser la région jusqu’à Mourmansk, mais sans quitter la route principale, ce qui est impossible en cyclo. Comme du temps de l’URSS, la zone est interdite et la plupart des petites villes et villages sont des « villes fermées ». Oui, en 2017 ! C’est d’autant plus surprenant que maintenant tout est visible sur googleearth. Ce qui me donne encore plus envie d’y passer… D’ailleurs les photos de la région sont en très bonne définition. On peut donc voir la jolie flotte de sous-marins nucléaires, les mines de nickel géantes, la nature sauvage superbe et irradiée et quelques charmants blocs en béton formant le centre de villages espacés de 80 km les uns des autres. Si si, moi ça me fascine et j’adorerais errer au milieu de ça !

Juillet : fjords et îles

sapmi juillet 2018

Au mois de juillet, retour vers la côte norvégienne pour me perdre dans les routes sans fin des fjords. Quand j’en aurai marre, l’Express Côtier m’emmènera au nord des îles Lofoten, pour que je les traverse d’est en ouest. À moins qu’il n’y ait trop de touristes pour moi, auquel cas, après les photos cartes postales d’usage, je retournerai en terres désertes sur des petites îles et le long de fjords moins prisés.

Août : montagnes sames

sapmi aout 2018

Je retourne sur le continent à Bodo et je remonte tranquillement par les fjords jusqu’à Narvik. Ici, les Scandes, ou Alpes scandinaves, se jettent directement dans l’eau, ce qui se voit bien sur la photo satellite. Je quitte la mer de Norvège et j’entre à nouveau en Suède, par le nord-ouest cette fois-ci. Je passe un bon moment à aller et venir dans les montagnes du nord. Puis, je rejoins le centre du pays.

Septembre : direction west coast

sapmi septembre 2018

Au mois de septembre, retour vers des paysages moins âpres et moins sauvages. Je traverse le centre de la Suède pour rallier la superbe côte ouest du pays, faite de milliers d’îlots de granit rose. Je pourrais aussi raconter quels personnages littéraires j’espère croiser dans toutes ces régions, mais ça fera l’objet d’un autre article…

Théoriquement, fin septembre, je rentre en France. J’aurai au minimum 5 500 km dans les pattes. Mais, si je me prenais à rêver, je rallongerais l’itinéraire de quelques mois : à Göteborg, au lieu de prendre un avion, je remonterais vers le Sápmi suédois pour atte(i)ndre la neige (+ 1 mois). Là, je compléterais mon équipement cyclo, bivouac et fringues. Sur les routes enneigées, je continuerais à monter pour retourner voir tous les gens rencontrés en été. Comme je m’intéresse particulièrement à l’habitat, il serait intéressant de découvrir le changement radical de vie entre l’été et l’hiver. Et j’aimerais bien aussi faire quelques bivouacs dans la neige… (+2 mois). Une fois bien rassasiée de tout ça, je rentrerais tranquillement en Bretagne par les petites routes de Suède, du Danemark, d’Allemagne, des Pays-Bas et de Belgique (+ 2 mois)…

Aparté sur le Sápmi

Oui, le Sápmi, c’est bien la Laponie. Je n’utilise ni « Laponie », ni « Lapons », car ce sont des terminologies occidentales. C’est donc considéré comme une insulte par les Samis. De la même façon, on n’appelle pas un Inuit ‘Esquimau’, un Hopi ‘Indien’, etc. D’ailleurs, la racine lapp signifie « porteurs de haillons » en suédois. On est toujours classe, nous les êtres humains, pour appeler ceux qui nous sont différents ! Les Samis (ou Sames, ou Saames, ou Sâmes) vivent au nord de l’Europe depuis des milliers d’années. C’est un des plus grands peuples autochtones d’Europe. Traditionnellement éleveurs de rennes nomades, leur vie est assez compliquée depuis le début du 20e siècle. J’aurais l’occasion d’en parler plus avant. Leur territoire, le Sápmi s’étend sur la Norvège, la Suède, la Finlande et la péninsule de Kola en Russie. Depuis plusieurs siècles, la région est aussi habitée par les Scandinaves, les Finlandais et les Russes.

2 réflexions sur “Routes boréales : itinéraire en ébauche

  1. Pingback: En décélérance §1 : Itinéraire en ébauche – Les stradanautes

  2. Pingback: Ces histoires qui nous modèlent : ode aux fictions de l’ailleurs | Les stradanautes

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