Tu prends tes peurs pour des réalités !

Introspection §1, où il est question de la façon dont j’ai terrassé les peurs qui me collent au corps.

« Tout est bruit pour celui qui a peur », Sophocle

Une sombre histoire de morpion

En quelques mois à peine, je me suis détachée de quasiment toutes mes peurs, mue par la farouche envie d’enfin pouvoir partir seule dans la nature. C’est un sujet dont on parle peu dans le milieu des voyageurs, même entre amis. Voici le long cheminement de mes pensées et sensations pour réussir à surmonter vingt ans de peurs qui m’empêchaient d’être dans des endroits isolés, de jour comme de nuit. Ce ne sont que des impressions personnelles, puisque j’ai eu envie de faire ce chemin seule, sans livres et sans psy.

La peur n’est pas un sujet à la mode. Il y a des sujets tabous à la mode, qui, par conséquent, perdent leur statut de tabous. Pour la peur on n’en est pas encore là. Alors, on doit se démerder tout seul, en parler du bout des lèvres, à demi-mots, ou constater sans pouvoir rien changer, ou se taire et se terrer. La peur s’étend sur de vastes domaines. Je m’arrêterai aux abords de ceux que je connais, de ceux qui me concernent, et qui concernent certains voyageurs en solo. Et peut-être de manière plus large, de ces peurs qui nous empêchent de réaliser nos envies, ou même plus simplement qui gâchent nos plaisirs.

Je m’appuie sur mes sensations personnelles mais je ne pense pas que ce sujet soit si égotiste que ça. J’ai l’impression que beaucoup de personnes vivent avec leurs peurs, sans imaginer une seconde que ce n’est pas une obligation de se les coltiner pendant des décennies sans broncher. La peur, c’est un genre d’espèce parasite, qui vit sur toi, à tes crochets, t’empêche de faire une bonne partie de ce dont tu rêves, un genre d’espèce parasite que tu nourris avec déférence et résignation, un parasite un peu honteux, quand même, comme un pou, voire un morpion. Voilà, la peur, c’est un morpion, que tu aurais décidé, bon an mal an, de garder près de toi, par paresse, par habitude, et aussi parce qu’il te semble qu’il te tient un petit peu chaud le soir. Tu sais qu’il est là et tu n’en parles pas.

Boutons le tabou, Artaban !

J’ai envie d’écrire sur ce sujet, pour rappeler aux apeurés que cet état n’est pas une fatalité, qu’on peut s’en détacher pour faire ce dont on rêve. Il me paraît important depuis un moment de parler de ça, depuis que je n’ai plus peur, en fait. Et aussi, depuis que j’ai eu des discussions plus ou moins approfondies sur le sujet avec des ami(e)s, notamment avec certaines routardes, roots et voyageuses, de celles que l’on pourrait croire rompues à la route, à la nature et au courage. Je n’étais donc pas la seule à avoir peur seule, à ne pas me balader dans la nature, à ne pas oser dormir dans des endroits isolés … On en parle peu, c’est un peu honteux. On se contente de regarder avec admiration les nanas capables de dormir seules sous une simple bâche au plus profond de la forêt.

Toi qui ne crains rien, tu trouves peut-être que j’exagère, que ce sujet est secondaire. Je n’en suis pas si sûre. Pour parler uniquement de mon cas, ça m’a empêché de partir au long cours en nature durant vingt ans. Quand c’est à peu près l’unique chose que l’on attend de la vie, c’est long vingt ans. Et ce n’est pas un chiffre en l’air.

Artaban

En 1997, je partais pour la première fois seule, en rando, en France, fière comme Artaban, écrasée sous mon nouveau sac chargé de 20 kilos de matos Décathlon premier prix. Ça devait marquer le début de ma vie d’itinérance sur les routes et dans la nature. La peur m’a chopée au bout de cinq jours. Elle ne m’a quasiment jamais plus quittée. Alors, je m’y suis fait, j’ai changé mes plans de (en)vie et j’ai voyagé dans des zones toujours un minimum urbanisées, n’y trouvant pas entièrement mon compte.

Nos peurs ont des causes issues à la fois de nos propres problématiques psychiques, et de notre environnement social. Les premières causes étant du domaine de l’intime, je parlerai des secondes. Avant, je pensais les premières prédominantes pour le sujet qui m’intéresse, mais je commence franchement à en douter.

On s’y fait

Toi qui ne crains rien, tu penses que la peur est un truc énorme, obsédant, qui ronge l’apeuré consciemment, à longueur de temps. En fait, non, et c’est bien ça le pire, on est habitué à vivre avec, on organise sa vie en fonction, souvent même inconsciemment. Les peurs érigent de nombreuses limites et nous nous habituons à mener notre vie en leur sein, sans même les apercevoir. On est habitué à vivre dans cette petite parcelle, et, à moins qu’un intrus ne s’approche des barricades savamment dressées, on ne se rend même plus compte de notre état d’apeuré. L’humain s’habitue à tout. Je veux faire telle chose, mais dans ce cadre, je pourrais avoir peur de ça, ah, ok, alors je ne le fais pas, point, et je passe à autre chose. Bien sûr, un trop grand nombre de peurs peut rendre le quotidien invivable et alimenter des pathologies comme l’anxiété. Je ne parle pas de ces cas extrêmes qui relèvent de sciences que je ne maîtrise pas. Encore une fois, je parle des petites peurs principalement liées à la pression sociale.

Pauvre petite chose fragile

J’ai longtemps cru que, dans la vie, d’un point de vue général, mon intégrité physique de femme était plus en danger que celle des hommes. Jusqu’à ce que je réfléchisse véritablement à cette question, j’en étais persuadée. Mes envies d’itinérance seule en pleine nature étaient donc indissociables de cette question. Une femme, seule, est en danger /!\ attention, warning. Quand on en parle autour de soi, beaucoup sont convaincus, hommes et femmes, beaucoup le croient : une femme seule est en danger.

Remettons donc deux ou trois choses à plat dans la réalité. Dans la jungle urbaine, une femme a plus de risques de se faire violer qu’un homme. Mais les hommes se font aussi violer. Pour l’agression à but lucratif, hommes et femmes sont à peu près au même niveau. Oui, l’agresseur aura plus de chances d’arriver à ses fins s’il s’attaque à une femme frêle plutôt qu’à un gros costaud. Mais voilà un premier cliché sexiste : il existe beaucoup d’hommes pas costauds et de nanas pas frêles… Poursuivons, les hommes sont exposés à un truc inconnu des femmes : la méfiance, le regard de travers, la protection de son territoire et de ses femelles, qui peuvent mener à de violentes agressions. Et pour compenser les derniers écarts, n’importe où dans le monde, il est beaucoup plus facile pour une femme de trouver de l’aide et de susciter la confiance. Effectivement, pour une fois, les clichés nous servent, car l’instinct de protection se réveille chez les hommes et chez les femmes, il faut protéger cette pauvre femme seule. Je n’oublie pas que dans certaines régions, on peut se faire emmerder plusieurs fois par jour, c’est pénible, mais notre intégrité physique est rarement remise en question. Attention, je n’oublie pas non plus, loin de là, toutes les agressions de toutes sortes, plus épouvantables les unes que les autres, subies par les femmes à travers le monde. Mais, ces agressions-là, sont très majoritairement menées par un proche, ce qui n’est pas du tout mon propos ici, puisque je parle des femmes qui auraient des ennuis avec des inconnus.

Quant à la vie dans la jungle sauvage, hommes et femmes sont à égalité. Eh ouais, grand plein de muscles, tu ne se seras pas un meilleur survivant que ta fine compagne. Pour s’en convaincre, il suffit de lire l’article ultra intelligent et documenté de David Manise, dans le numéro 41 de Carnets d’Aventures. Pour résumer, ce spécialiste de la survie énumère les indéniables avantages physiologiques de la femme dans la nature : les femmes ont moins besoin de boire (car moins de transpiration), moins besoin de manger (20% en moins à activité égale), supportent mieux le manque de sommeil, s’adaptent plus facilement aux situations nouvelles, etc, etc. Soyons clairs, ce n’est pas un concours, les hommes ont aussi des points forts. C’est juste pour insister sur le fait qu’une femme seule, en ville ou en nature, s’en sort très bien. A priori, l’homme s’en sortira mieux dans certains domaines, et la femme dans d’autres. Mais d’un point de vue général, tout le monde a les mêmes chances. Et face à un grizzli de 3 mètres de haut, franchement, une femme a autant de chance de s’en tirer qu’un homme. Alors pourquoi, continue-t-on à penser que les femmes sont plus en danger que les hommes ?

Mais t’as pas peur ?!

En fait, on leur a appris toute petites à avoir peur. Il suffit d’interroger un peu autour de soi, de comparer les hommes et les femmes qui partent en voyage seuls : combien de fois avez-vous entendu « Mais t’as pas peur ?! » ? Les hommes l’ont entendu quelques fois. Les femmes l’entendent tout le temps, quasi systématiquement : les amis, la famille, les voisins, les gens croisés sur la route, « Mais, t’as pas peur ?! ». Attention, généralement ça n’est pas vraiment une question, c’est plutôt une injonction, parce que la réponse importe peu. Si on répond « oui, un peu », la personne en face nous jette alors un petit sourire entendu et satisfait signifiant « Ah ! Je le savais bien ! ». Si on a l’outrecuidance de répondre « non », on lit alors dans les yeux de son interlocuteur « Mais, quelle inconsciente ! Faudra pas venir te plaindre quand tu s’ras morte, ma p’tite fille ! ». Les femmes qui vivent seules, qui voyagent seules entendent ça tout le temps.

Et je pense que, quand on te demande 10 fois, 20 fois, si tu n’as pas peur, ton cerveau analyse ainsi l’information : « si autant de gens différents posent cette question, c’est qu’il y a une réalité. Non ? Je devrais avoir peur alors ? Je suis inconsciente ? Je me mets vraiment en danger ? Mon intégrité physique est menacée ? » S’il n’y a pas une réflexion consciente sur ce sujet, ou bien si la personne n’a pas un solide bagage de confiance en soi, il est impossible de passer au-delà de ces peurs, puisqu’on y reviendra à chaque « t’as pas peur ?! ».

Cette question, inlassablement répétée aux femmes, induit qu’elles sont plus en danger que les hommes. C’est un truc établi, c’est comme ça. Mais, c’est pas encore un truc qui arrange les hommes, ça, de faire croire aux femmes qu’elles sont de pauvres petites choses fragiles, qu’eux seuls sont capables de protéger correctement ? C’est encore plus agaçant de voir que cette idée est largement relayée par les femmes elles-mêmes. Les hommes sont faits pour être braves et protecteurs, les femmes pour fabriquer la future génération et nourrir l’homme. Nan, nan, ne hoche pas la tête, c’est schématisé, soit, mais c’est pas un cliché. On vit dans une société où l’homme et la femme ont encore des tâches bien spécifiques, des rôles qui leur sont propres. Ça change, dans certains milieux, doucement, mais je ne suis même pas sûre que ça dure dans le temps. Qui n’a pas vécu le supplice de devoir avaler des merguez carbonisées et crues, savamment cuisinées par un troupeau d’hommes auto-proclamé responsable de barbecue (feu,  domaine de l’homme), même troupeau qui peine à faire cuire une escalope à la poêle dans une cuisine (nourrir, domaine de la femme) ?

Ce n’est pas un exemple anodin. Il y a des tâches dévolues aux hommes et d’autres aux femmes, encore aujourd’hui en France. Et dans ce schéma, la femme est une créature trop fragile pour se protéger toute seule. Heureusement que les hommes sont là pour s’en charger à leur place. Dès son plus jeune âge, on apprend à la femme ces codes là, mères et grand-mères sont les premières à transmettre ça.

Faudra pas venir te plaindre…

Pendant que j’écris ces lignes, je me demande sans cesse si mes réflexions sont ne sont pas trop excessives et… je tombe sur cette photo :

Ou plutôt, cette photo me tombe délibérément dessus, puisqu’elle apparaît sur mon fil d’actualité facebook « sponsorisé », le jour exact où je rédige cet article !! C’est la première fois que j’ai ce type de suggestion, d’habitude, on me propose plutôt des pages en rapport avec le voyage ou la politique ! (pour ceux qui ne connaissent pas facebook, nous recevons des propositions de sites et de pages, liées à notre activité en ligne, de l’espionnage à but commercial, donc) C’est d’autant plus bizarre que je n’ai fait aucune recherche google sur la peur. J’ai seulement cherché aujourd’hui les photos de Psychose qui illustrent cet article. Ça serait le rapport ? Si c’est le cas, c’est bien tordu quand même !!!

À part cette bizarrerie, il faut regarder attentivement cette pub. Je ne pouvais pas trouver meilleure illustration de ce que je dis au-dessus. La photo d’abord : quelle femme n’a jamais eu cette position, marcher seule dans un endroit désert, entendre un bruit suspect, se retourner brusquement à demi, l’air inquiet. On s’identifie tout de suite. Et la phrase, terrible, un couperet « Aucune femme ne devrait sortir sans cette alarme personnelle ». Le danger est tel qu’aucune femme ne devrait… Dès que tu es seule, tu es en danger. Et toi, la femme qui sort sans (cette) alarme, que tu es inconsciente !, faudra pas venir te plaindre quand tu s’ras morte, ma p’tite fille !, tu ne pourras pas dire que tu savais pas ! Ces modes de pensées sont terriblement insidieux et présents partout dans nos sociétés supposément à peu près égalitaires. Au passage, n’oublions pas que ce modèle est tout aussi lourd à porter pour les hommes, qui doivent, eux, être capable de protéger les femmes, grâce à leur virilité toute animale. En conséquence, c’est vraiment pas commode non plus d’être, dans nos sociétés, un homme fluet, ou émotif, ou apeuré…

Peur 1 – raison 0

Bon, c’est un fait, entre la pression sociale et ses problématiques psychiques, l’apeuré a peur. Celui qui n’a pas peur, un peu agacé par tant de simagrées, a tendance à dire à l’apeuré, « mais tu ne crains rien ! ». L’apeuré, lui-même, passe de longues heures d’auto flagellation, écartelé entre « objectivement, je ne crains rien ! » et « mais, si jamais… ». Et voilà l’erreur fatale que commet l’apeuré, se faire croire qu’il ne craint rien. Parce que c’est faux ! Cette phrase censément rassurante produit l’effet inverse, littéralement, elle est fausse. Puisque « rien », c’est rien, c’est niente, c’est nada, c’est zéro. Or, il n’est pas vrai que je ne crains rien. Effectivement, je crains très peu : la probabilité que quelqu’un entre dans la maison dans laquelle je dors seule est très minime, de l’ordre de 1 chance sur 100 000, disons. Donc ça n’est pas rien, donc mon « je ne crains rien » ne me rassure pas, mais m’angoisse encore plus. Inconsciemment, l’erroné « je ne crains rien » se transforme en « je crains quelque chose ».

Il ne sert à rien de dire à l’apeuré de rationaliser. L’apeuré sait pertinemment que sa peur est irraisonnée, l’apeuré connaît les chiffres et les pourcentages microscopiques des risques réels. Il sait pertinemment que son intégrité physique est plus en danger dans une voiture sur l’autoroute qu’à pied sur un chemin forestier isolé ou dans un avion de ligne. Mais il ne faut pas oublier que les peurs prennent corps, qu’elles deviennent réalité : l’événement qui a 1 chance sur 100 000 d’arriver, je suis presque persuadée qu’il va se produire dans les minutes qui viennent. Et je peux rester, comme ça, terrorisée durant des heures et des heures. Et tout ça, me rajoute, en plus, de la culpabilité, « comme je suis idiote d’avoir peur de quelque chose qui a si peu de chance de se produire ». Allez hop, un petit coup d’auto flagellation pour rester bien au chaud dans sa fange…

La turbulette des grands

J’ai aussi réalisé que mes peurs me protégeaient. Dans telle ou telle situation, on pense qu’on n’a pas les connaissances requises ou la capacité physique pour se protéger correctement. Donc, on a peur, donc on se refuse de vivre cette situation, donc on est protégé, par l’inaction. C’est comme enfiler une combinaison confortable, ou un genre de pyjama en polaire affublé d’un gros nounours et se glisser sous un plaid épais avec plein de gens rassurants et bienveillants autour de soi, la turbulette de l’adulte en somme. On se sent en sécurité. Et quand on est obligé de faire une chose qui nous effraie, comme de dormir seul dans un endroit où on ne se sent pas en sécurité, on est en vigilance constante. Rester allongé les yeux usés de fatigue, grands ouverts sur le plafond décrépi d’une vieille baraque où l’on a peur, c’est un peu comme faire un quart ou une ronde, mener une mission de haute sécurité. On a l’impression que l’on pourra intervenir, si jamais un intrus se faufilait : comme on ne dort pas, on peut agir dans la seconde. En réalité, c’est un vrai leurre, car on est tellement apeuré que l’on serait bien en peine, si jamais un intrus se faufilait, d’agir avec bon sens, plongé que l’on est dans les affres de l’adrénaline.

Et on le sait parfaitement que c’est un leurre et on s’enferme dans un cercle vicieux : je sens bien que ma peur m’empêche de gérer la situation, donc je pense que je ne suis pas capable de gérer la situation, donc j’ai peur car je ne sais pas gérer la situation, donc je sens bien que ma peur m’empêche de gérer ma situation… etc, etc, pour moi, ça a duré vingt ans…

Le basculement

Alors que je lui racontai la fin de mes peurs, une amie m’a demandé quel avait été le déclic. J’étais bien en peine de répondre, parce que toute cette réflexion s’est faite petit à petit, dont une bonne partie à mon insu (c’est chouette quand l’inconscient travaille dans le bon sens, huhu). Je pense que, animée par un vrai désir de vivre certaines choses rendues impossibles par la peur, j’ai d’abord fait les constats dont je parle au-dessus : la peur est un sujet tabou, une habitude, soutenue par la pression sociale, irrationnelle, une protection, un cercle vicieux…

Et petit à petit, au fil des constats, j’ai inversé la tendance : c’est un sujet tabou, alors j’en parle sans honte ; je ne vois plus la peur qui dirige une partie de ma vie parce que j’y suis habituée, alors je la débusque partout et je ne l’accepte plus ; la société me dit que je devrais avoir peur, alors je sais que je suis capable de penser seule hors du cadre de mon environnement social ; la seule arme qu’on me propose, la rationalisation, est inefficace et donc culpabilisante, alors j’arrête d’essayer de m’appuyer dessus ; la peur me protège, alors j’apprends à me protéger différemment ; c’est un mécanisme de cercle vicieux, alors je le romps et j’en sors.

Des appuis solides

Je suis loin de me sentir invincible, évidemment. D’autant que j’ai encore de sacrés réflexes d’apeurée, qui m’obligent à régulièrement avoir quelques discussions avec moi-même. Par exemple, la théorie du pire : « au pire, quoi ? je meurs ? bon bah je le saurai pas que je suis morte, alors, c’est pas grave, y’a pire. Je souffre ? Ah ! Et, je souffre longtemps ? ouais, bon, là c’est moins marrant, mais bon, y’a pire… Nan ? Ah bon ? c’est sûr ? y’a pas pire ? ». En fait, je me suis rendu compte que j’avais peur de choses pires que celles-ci, c’est-à-dire de choses qui n’existent pas. Bon, c’est vrai, faut être à l’aise avec l’idée de la mort. Souffrir est un peu plus compliqué pour moi, mais ça n’empêche que face à ces questions, je réalise que j’avais peur de choses plus graves que mourir ou être blessée…

Si rationnaliser ne sert à rien quand on est soumis à la peur, ça devient un bon appui en phase d’acceptation, de confiance et de conscience. « Non, ça ne me fait plus peur, et de toute façon, il y a 1 chance sur 100 000 pour que ça se produise, je ne vais pas m’empêcher de vivre pour un truc si peu probable, hahaha » (le hahaha est important, c’est un hahaha sincère et assuré, un hahaha qui dit « impossible de s’arrêter sur un fait aussi improbable »).

Ne plus avoir peur change aussi énormément une réalité, celle d’être capable de réagir face à une situation difficile. Comme je n’ai plus peur, je peux agir intelligemment pour me protéger, puisque je ne suis plus paralysée par les hormones sécrétées par la peur. Je maîtrise mon corps et mon esprit, je suis assez forte pour me protéger. L’agresseur aussi agira différemment s’il est face à une personne qui suinte la peur ou face à une personne sûre d’elle, cela a été prouvé maintes fois.

J’ai toujours été fascinée par les femmes qui voyagent seules en terres isolées. Elles me fascinaient parce que j’étais partagée entre le désir violent de vivre la même chose et l’incapacité totale de le faire. Aujourd’hui, j’ai inversé l’identification, je m’appuie sur leurs histoires qui me prouvent que c’est possible. La chronique de Carnets d’Aventures dont je parle plus haut m’a aussi beaucoup aidé à casser le mythe de la femme fragile. Je l’ai lu à point nommé, au moment où j’avais besoin de m’appuyer sur des faits solides, prouvant que la femme est solide !

Je m’appuie aussi sur mes motivations, sur mes rêves en cours de réalisation, sur la liberté absolue qui s’annonce. Bien entendu, la peur n’était pas le seul frein à mes envies, mais avancer sur cette problématique a vraiment été salutaire.

Ayant enfin terminé de prendre mes peurs pour des réalités, je peux désormais prendre mes rêves pour des réalités. Et ça c’est plutôt un chouette truc.

Jacques Prévert – Un beau matin
Il n’avait peur de personne
Il n’avait peur de rien
Mais un matin un beau matin
Il croit voir quelque chose
Mais il dit Ce n’est rien
Et il avait raison
Avec sa raison sans nul doute
Ce n’ était rien
Mais le matin ce même matin
Il croit entendre quelqu’un
Et il ouvrit la porte
Et il la referma en disant Personne
Et il avait raison
Avec sa raison sans nul doute
Il n’y avait personne
Mais soudain il eut peur
Et il comprit qu’il était seul
Mais qu’il n’était pas tout seul
Et c’est alors qu’il vit
Rien en personne devant lui

Les photos sont issues de Psychose d’Alfred Hitchcock, film sorti en 1960.

Une réflexion sur “Tu prends tes peurs pour des réalités !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s