Toute première fois, tout’tout’…

Invité §1. Mon vieil ami KDM me fait l’honneur d’être le premier invité sur le blog des stradanautes. Il nous raconte sa première journée de première rando en solo et en bivouac. Seul dans la nature, les sensations physiques et psychiques sont plus exacerbées, et KDM montre bien comment il faut apprendre à composer avec ces émotions nouvelles. Il en profite pour donner ses petits trucs, bien utiles aux débutants.

© KDM

Gagner en légèreté

Cela fait maintenant cinq années que je fais une randonnée par an. D’une dizaine de jours à trois semaines, j’ai toujours marché accompagné et toujours dormi en refuge. Cette fois-ci, j’ai décidé d’y aller en solo, et de dormir à la belle étoile. Bon, « à la belle étoile », c’est juste pour l’expression car ça en jette, mais je dormais en tente.

En août 2016, j’ai choisi de marcher sur une portion du GR5 durant trois semaines en moyenne montagne (1000m à 2500m), de Thonon-Les-Bains à Modane. Alors j’ai dû m’équiper en conséquence. Après m’être renseigné sur des forums, mes choix se sont portés sur du matériel ultra léger (M.U.L.). Content de mes achats, je me suis dit qu’avec ce M.U.L., j’allais pouvoir prendre des « extras ». Je n’avais pas fait attention au poids total de ce que j’allais porter. Erreur ! Grossière erreur même ! Un randonneur qui part seul et en bivouac doit connaître le poids de son sac ! C’est dit ! Pas de « oui, mais… ». Surtout si c’est la première fois ! De mémoire, sur les forums il était conseillé de ne pas porter plus de 14/15 kg. Eh bien, j’ai fait fort car j’ai dû commencer avec 20 kg, facile !

© KDM

Premiers pas

Et quoi de mieux qu’un premier jour de 10 heures de marche pour tester ça ? Ce n’était pas voulu car j’avais prévu une étape de 5h30. Mais à la sortie de Thonon, dès l’entrée dans la forêt, je me suis égaré ! J’avais confondu les balises. Et à ma décharge, je n’ai pas été le seul à tomber dans le panneau…un couple aussi. Résultat, 2h de marche de perdu. Là commence la galère. Au bout de 4h de marche, je sens une douleur à l’arrière d’une cuisse. Là où je m’étais blessé quelques semaines avant, et qui m’a fait arrêter toute activité sportive pendant un mois. Je pensais que c’était du passé. Eh non ! J’ai été contraint d’avancer plus lentement pour ne pas sentir de douleur. A plusieurs moments, je me suis vu boiter. Je m’en apercevais mais la douleur n’était pas assez forte pour m’arrêter. J’avais l’impression que mon esprit ne voulait pas la prendre en compte…

Pour corser le tout – sinon c’est pas encore l’Aventure ! – j’avais des chaussures neuves, que je n’avais pas « faites ». A chaque pas j’avais l’impression qu’on me lacérait le cou-de-pied. Si bien qu’à un moment, j’ai dû défaire les lacets de la partie montante des chaussures. Là, énorme soulagement ! Mais du coup j’étais moins à l’aise, surtout dans les parties inclinées, car les pieds se baladent un peu dans la grolle ! Cerise sur le gâteau, après 7h de marche, des ampoules ont commencé à se former. Sur le moment, ce n’est pas si pénalisant. Mais savoir que plus on marche, et plus elles seront grosses, moralement c’est dur. Car quand on sait ce qu’on sait, et qu’on entend ce qu’on entend, on a raison de penser ce qu’on pense (proverbe d’un chasseur-moine berrichon). Pardon, je délire. Un peu comme dans la rando, je partais en vrille. Il fallait bien penser à autre chose qu’à tous ces voyants que je voyais clignoter sur le tableau de bord. Alors je pensais à des trucs qui me font marrer…

© KDM

Puiser dans ses réserves

Au bout de 8h de marche je commençais à en avoir assez. Mon corps voulait s’arrêter et se reposer. J’ai pris un instant pour faire le topo de la situation : j’ai réservé une chambre d’hôtel pour la première nuit (je voulais, à la base, commencer en douceur) ; il me reste 2h30 de marche pour y arriver ; ma cuisse me fait mal, les chaussures aussi, et la sensation des ampoules est vraiment désagréable. Mon esprit, lui, veut continuer. J’ai donc décidé d’avancer. Je savais que je prenais le risque d’être pénalisé pour la suite de la randonnée. Voire de ne pas la continuer, car je ne savais pas l’importance ou les conséquences des douleurs à ma cuisse. Mais il y avait au moins une chose sur laquelle je pouvais agir, les ampoules, puisque j’avais des pansements anti-ampoules ! Je pensais que c’était pour la guérison. Et bien non, pas que ! En prévention, c’est très efficace ! J’ai pu ainsi continuer avec une gêne en moins.

© KDM

En terminant l’étape sur une route bitumée (car l’hôtel n’était pas sur le tracé du GR), j’avais l’espoir d’être pris en voiture. Et oui, j’en étais rendu à faire du stop ! Et j’ai vite maudit les automobilistes qui passaient. Mais je les comprends, prendre un randonneur à 22h n’est pas rassurant… La fin de l’étape s’est finie dans le noir, avec un grand, un énorme sentiment de ras-le-bol. Tout ce que je voulais c’était arrêter de marcher. Je commençais à avoir froid, et surtout, j’étais déshydraté car je n’avais plus d’eau depuis un moment. Une de mes motivations pour continuer était de savoir que j’allais profiter d’un bon confort à l’hôtel. En fait c’était une double motivation car cela me permettait aussi de ne pas bivouaquer. Pour une première fois, exténué, dans le noir, et sans eau, il est facile de comprendre que ce n’était pas une bonne idée…

Le repos du guerrier

Arrivé à l’hôtel après 10h30 de marche, je tremblais. Dans la chambre, le moindre pas était une souffrance. Cela m’a fait repenser à l’histoire d’un pote qui était parti pour la première fois pour une rando de 3h, en couple. Voulant faire un détour au retour, ils ont vu leur temps de trajet doubler. Rentrés complétement épuisés, cela les a dégoûtés à tout jamais de la rando. Et bien, j’en étais quasiment à ce point.

Je suis reparti le lendemain après une bonne nuit, avec ma douleur à la cuisse, mes ampoules aux pieds, les chaussures que je ne pouvais toujours pas serrer, mon sac de plus de 20kg et le doute de ne pas pouvoir continuer longtemps. Finalement, au bout de quelques jours ça allait mieux. J’ai renvoyé les choses superflues que je portais, et plus j’avançais, plus mon sac s’allégeait des (sur)provisions que j’avais emmenées. J’avais retrouvé le plaisir de marcher, sans gêne…

© KDM

Les petits trucs de KDM

Après mes trois semaines de marche et les quelques expériences précédentes, si je peux apporter quelques points ou conseils qui sont devenus essentiels pour moi, ce serait de :

– connaître son corps et ses limites, et l’écouter ! Dans mon cas, je sentais que les douleurs à la cuisse n’étaient pas si graves. Certes sur le moment ça m’a énormément ralenti, mais j’avais la sensation de pouvoir récupérer pendant les jours suivants. J’admets que la récupération dans l’effort c’est un drôle de concept, mais c’est possible…

– savoir préparer une étape et comment progresser. La distance et le temps de marche semblent être des informations évidentes à connaître, mais le dénivelé, les points d’eau, et s’avoir s’orienter sont aussi très utiles ;

– bien préparer son sac et gérer son ravitaillement. Je ne ferai pas de liste sur le matériel à emporter (mais n’oubliez pas vos pansements anti-ampoules et une paille filtrante !). J’insisterai sur le poids total du sac. Il doit être équipé de l’essentiel. Faut vraiment y faire attention, sans quoi on prend beaucoup moins de plaisir durant la marche. Ici, par exemple, j’avais pris 3 livres que j’ai vite renvoyées. J’ai fait aussi l’erreur de porter dès le début tous les fruits secs, noix, et cacahuètes que j’ai consommés durant les trois semaines (il y en avait près de 600g au total), au lieu d’en acheter tous les trois/quatre jours, au ravitaillement. Bref, le mot d’ordre est : pas de superflu ! J’ai fait mes 3 semaines de rando avec 2 paires de chaussettes par exemple, ou encore, 2 caleçons.

Lac sur le tour des Dents du Midi © KDM

– commencer en douceur (ce que j’avais prévu à la base) et, progressivement, augmenter les temps de marche. Ne pas faire d’étape marathonienne. Il faut aussi savoir prendre du temps pour contempler la nature, sinon ce n’est que sportif, et on passe à côté de beaucoup de choses !

– ne pas avoir peur de l’imprévu. Je pars tout équipé pour être indépendant dans la nature.

La seule crainte viendrait d’une chose que je ne peux pas totalement maîtriser, comme un orage, une maladie, une blessure d’un chien enragé ! Autrement tout ce qui se passe pendant la randonnée, c’est du bonheur, même les galères. Je dirai même, surtout les galères ! Une fois passées, ça fait un chouette souvenir !

Belles randonnées !

KDM*

*Keutur des montagnes

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