Les articles de l’Ours des bois dans Carnets d’Aventures

Bon, ce n’est pas exactement de la littérature, mais comme ça n’est pas non plus tout à fait une chronique… Donc, voici un dithyrambe sur les articles de l’Ours des bois, parus dans le magazine Carnets d’Aventures ! L’Ours des bois, de son nom humain David Manise, mérite qu’on parle de ses textes, car il n’y a pas meilleur que lui pour nous convaincre qu’on est tous capables de se fondre dans la nature

L’anti-Rambo

Oui, David Manise organise depuis plus de 10 ans des stages de survie (au sein du CEETS). Oui, il a de gros muscles. Ça y est, c’en est fini des clichés, on peut parler de choses sérieuses et notamment de toute la subtilité du bonhomme. Ce qui est intéressant, c’est qu’en plus de ses connaissances pratiques, il maîtrise le savoir théorique du fonctionnement du corps et de l’esprit humain en situation de survie. J’ai lu un grand nombre de ses chroniques que Carnets d’Aventures a eu la bonne idée de compiler en deux hors-série. Dans l’esprit du magazine, il aborde des sujets très divers en relation avec le voyage nature au long cours : l’hygiène, les chiens agressifs, l’orientation, l’hydratation, le bivouac sous la neige, les systèmes de vêtements, etc.

Il s’y connaît en technique, donc, mais aussi en second degré ! Voici un de ses croquis, dans la chronique sur l’hydratation. Il y montre pourquoi boire de l’eau après un gros repas est inefficace pour se réhydrater.

Illustration de David Manise

Y’a qu’à voir, le gars a même de l’empathie pour un gros intestin !

Fortes femmes

Deux de ses articles m’ont particulièrement marquée. Vraiment marquée. Ils ont répondu très exactement, au bon moment, à des interrogations qui me tarabustaient. Toute personne qui rêve de voyage nature sans oser se lancer devrait lire les chroniques de David Manise. Il ne fait pas que donner des conseils utiles, il remet aussi l’Homme -et la femme- à sa place au sein de la nature. Et il n’a pas son pareil pour casser tous les préjugés.

Le premier de ces deux articles concerne les femmes en situation de survie, et s’intitule Miser sur ses points fort. Dès le début, il explique son objectif : « Simplement pour que certaines en prennent conscience, et comprennent que ces points forts peuvent compenser ou annuler totalement pas mal de soi-disant points faibles ; et pour faire fermer leur trappe aux gros machos qui pensent encore que les femmes valent moins. ». Avec moi, ça a fonctionné complétement : j’ai pris conscience que je n’étais pas qu’une pauvre femme faible et fragile. Comme je le raconte dans cet article, ça m’a aidé à régler quelques comptes avec deux ou trois peurs qui traînaient dans mon giron depuis longtemps. David Manise remet à plat ce qu’une femme est capable de faire dans la nature, d’un point de vue biologique et d’un point de vue psychique : les femmes ont moins besoin de boire (car moins de transpiration), moins besoin de manger (20% en moins à activité égale), supportent mieux le manque de sommeil, s’adaptent plus facilement aux situations nouvelles, etc, etc. Sincèrement, pour toutes les femmes qui ont quelques appréhensions à partir seule au long cours, la lecture de ce papier est indispensable. Simple, efficace, chirurgical. Il est trop récent pour faire partie des hors-série, mais on le trouve dans le numéro 41 de Carnets d’Aventures.

Des stagiaires du CEETS, le Centre d’études et d’enseignement des techniques de survie.
© CEETS

Se fondre…

L’autre article que j’affectionne s’appelle Se fondre dans la nature. Évidemment, déjà, je suis un peu partisane, j’aime beaucoup l’idée : quitter cette partition occidentale qui voudrait que l’Homme et la nature soit deux entités distinctes. Il suffit de chercher, en français, nous n’avons aucun mot de vocabulaire, qui mette à un même niveau l’Homme, la faune (dont l’Homme fait partie…) et la flore. L’Homme d’un côté, la nature de l’autre. Les anthropologues ont très bien remonté la source de cette scission terrible, le moment où l’Homme occidental s’est exclu de la nature, se sentant différent. Il n’en faisait plus partie, il la regardait juste si l’envie lui prenait, le dimanche peut-être, après avoir passé la semaine à déverser des saloperies dans les sols et dans les eaux. Ce qui a pour conséquence, quelques siècles plus tard, les effets dramatiques que l’on connaît. Nous sommes au-dessus de la nature, ce qui nous permet de lui faire subir ce que nous décidons. Nous la maîtrisons, nous la domptons. C’est pour cette raison que j’aime bien éviter de parler de nature, même s’il est compliqué de remplacer ce mot dans notre vocabulaire. J’aime bien parler du vivant, ce qui remet l’Homme à sa place avec les autres vivants. Le se fondre dans la nature de David Manise, c’est ça, remettre l’Homme au sein du vivant. Pour lui qui a grandi au Québec, c’est, je pense, plus évident que pour des Européens.

Cette chronique révèle, encore une fois, une connaissance physiologique du corps humain très pointue, une maîtrise des techniques et une capacité de réflexion et d’introspection. Mais aussi, et c’est un peu nouveau, l’auteur s’en va fricoter avec la poésie. Il raconte, comment il passe de l’état d’homme social, à l’état d’homme nature. C’est un exercice qu’il fait régulièrement, quittant un temps sa vie familiale dans une petite ville, pour vivre seul dans les bois durant plusieurs jours. Au fur et à mesure qu’il s’enfonce dans la nature, il perçoit ses sens se modifier. L’ouïe, la vue, tout change, tout s’affine. Il décrit l’aspect biologique des sens qui s’adaptent à un nouvel univers et s’aiguisent. Il frôle la poésie, lorsqu’il raconte cette métamorphose douce à travers le prisme de ses émotions. Tout est simple. Il a une grande acuité sur tout ce qui l’entoure et il en tire un plaisir immense. Et nous, on n’a qu’une envie, détaler au plus profond de la forêt pour renouer avec notre animalité.

Un massif, au nord de la Suède, où j’irai me fondre bientôt… © libre de droits

Vraiment, ce texte a beaucoup de force. J’ai un léger regret, une critique que je pourrais faire sur ses chroniques en général, ça manque un tout petit peu de réécriture. C’est dommage, il en faudrait peu pour que ces textes soient complétement aboutis. Une dernière chose très appréciable, il n’éprouve pas de ressentiment pour la civilisation moderne. Ce sont juste deux mondes très différents dans lesquels il est capable d’évoluer, passant de l’un à l’autre avec aisance. Ça donne très envie d’atteindre un jour cet état.

On aimerait se fondre dans David… [si sa femme est aussi costaude que lui, je suis foutue]. Chère Sa-Femme, faut pas y voir quelque chose de louche de ma part, mais juste une tentative illusoire pour percer le mystère de la sève qui coule dans ses veines, pour avancer avec autant d’aisance, pour savoir comme lui se fondre dans le vivant.

Je précise que je ne roule pour personne, ni pour le CEETS, ni pour Carnets d’Aventures. De toute façon, c’est le début du blog, pour le moment, personne ne me connaît !! En plus, faut savoir que c’est pas trop mon genre de rouler pour des entreprises, même les plus coooools. Sur mon cyclo je suis libre, sur mon blog je suis libre. Si je parle de David Manise, c’est parce que je pense que ses chroniques sont indispensables aux voyageurs natures au long cours, aux hésitants qui subiront quelques déclics salutaires, comme aux aguerris qui apprendront toujours des choses nouvelles.

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