En décélérance §4 : J1 à J24, un lent démarrage

Trois semaines d’une route cahin caha, c’est long à raconter. Voici donc un rapide récit, mi-mots mi-photos, des premiers tours de roues du voyage à vélo des stradanautes !

JOUR 1 à JOUR 6

Départ dans la matinée du 17 mai de mon petit village du nord de la Bretagne. Ma copine Sylvie m’accompagne pour quelques dizaines de kilomètres.

Il fait beau, il fait chaud, je pense filer droit vers Hendaye en un peu plus de deux semaines. Je pense aussi que les jours à venir, ça va être comme ça :

Une demi-heure après, un premier détail change. J’aurais dû me méfier.

La boulangère de Gaël se prend de compassion pour mon aspect humide et m’offre un nescafé bouillant que je déguste sur un petit banc, devant les clients, pendant qu’on cause du plaisir de faire des choses seules en tant que femmes.

Un peu avant, après seulement 30 km, j’avais noté que mon porte bagage avant, sur lequel sont accrochées deux sacoches, s’était légèrement tordu. Devinant un magasin vélo à travers les rideaux de pluie, je décide de m’arrêter pour demander conseil. Là, deux mécanos, me bricolent le porte bagage, pas convaincus de sa tenue dans le temps. Et surtout, ils se montrent très surpris qu’un mécano m’ait aidée à préparer ce vélo pour le voyage. Ils me disent que si on leur avait demandé leur avis, ils l’auraient clairement déconseillé. Ce vélo n’est visiblement pas fait pour être chargé. Leur sentence – flippante – est sans appel : « le cadre va casser ».

Je suis donc à 30 km de chez moi, partie pour 4 mois, il tombe des cordes et mon vélo va se casser en deux. Le coup est dur. Mais je décide d’avancer jusqu’à un camping et de m’y poser une journée pour réfléchir à tout ça. J’approche de la forêt de Brocéliande, le paysage commence doucement à changer.

C’est aussi dans ce coin qu’un troupeau de vache s’est mis à galoper à côté de moi, le long de la clôture de leur pré, sur plusieurs centaines de mètres, sous la pluie drue. Ca a suffit à me faire marrer, et à me motiver pour boucler cette première journée de 70 km.

Puis vint le temps des réflexions et des décisions. Je rejoins le canal de Nantes à Brest à proximité d’un professionnel vélo que l’on m’a conseillé. Je reste là plusieurs jours, le temps que l’on me prépare un nouveau vélo (merci à ma mère). Je bouillonne un peu de cette très longue pause. Cette sédentarité forcée est pour le moins étrange quand on s’est préparé à 4 mois d’itinérance. Alors je m’installe dans le camping municipal très bon marché de Malestroit.

Isabelle et Jean-Michel, cyclovoyageurs rencontrés sur les réseaux sociaux, passent me faire un petit coucou, ainsi que ma mère.

JOUR 7 à JOUR 11

Enfin Slowboda 2e du nom est prêt. J’ai bon espoir de rattraper mon retard en squizzant la côte de Loire-Atlantique et de Vendée. Je cours (pédale) donc pour attraper un train, à 25 km de là. La voie verte entre Malestroit et Questembert est superbe, très sauvage.

Je suis un peu déçue de devoir la traverser au pas de course. Je prends quand même le temps de m’arrêter pour échanger quelques regards avec un chevreuil. Ce qui participe à me faire rater mon train. J’en trouve un autre, avec un changement en plus. Mon premier vélo-TER aura donc deux correspondances ! Une gageure ! Si les wagons sont équipés pour les vélos, ce n’est pas le cas des gares. C’est souvent une vraie galère. Lucas, venu me dire bonjour à Nantes entre deux trains, me donne un sacré coup de main pour passer d’un quai à l’autre. Trois trains me propulsent donc du sud de la Bretagne au sud de la Vendée, à Luçon.

Débarquée dans la ville inconnue à 21h, je cherche à rallier un camping à la périphérie. C’est à ce moment-là que le porte-bagage avant, supposément soigneusement installé par la personne qui a préparé le nouveau vélo, se casse la gueule sur le disque du frein (oui parce que Slowboda II a des freins à disques hydrauliques, il a la classe comme vélo). Je parcours donc la ville, déserte à cette heure-ci, avec les deux sacoches avant sur les épaules, tout en poussant le vélo déséquilibré, car encore harnaché de ses deux sacoches arrières. Il est 22h, je ne sais pas où se trouve le camping, j’avance à 2 km/h, je n’ai pas mangé et de toute façon, je ne pourrai pas repartir le lendemain…

J’ai donc fait 25 km. Après 6 jours d’arrêt forcé. Et à nouveau, je ne peux plus avancer. Hum. C’est à ce moment-là qu’il ne faut pas trop venir me faire chier avec des pensées toutes faites du genre « les épreuves sont faites pour te rendre plus fort ». Heureusement j’ai des amis intelligents et à l’esprit pratique. Il s’agit donc de continuer d’avancer et de trouver des solutions. Le lendemain, je cherche des pièces pour réparer moi-même le porte bagage avant, je n’en trouve pas et je finis donc chez un énième professionnel vélo. Il me fait payer une petite fortune une réparation a priori efficace. Je repars à moitié tranquillisée. Faut dire que je commence à être un peu échaudée (voire parano ?) Je décide de faire un crochet par Saintes pour aller faire vérifier tout mon vélo par la seule personne au monde en qui j’ai confiance quand il s’agit de technique : Christian. Je prévois trois jours de route,

Je rattrape enfin cette fameuse Vélodyssée sur laquelle je devrais rouler depuis plusieurs jours déjà. Elle est là !

Après quelques dizaines de kilomètres et le plaisir d’entrer en ville à vélo, à La Rochelle, je déchante. Mais juste avant, je discute un moment avec le propriétaire de cette grosse moto, qui, pour les vacances, préfère de loin le voyage à vélo !

A peine je le quitte, le porte bagage avant est à nouveau en train de se casser la gueule. Un des colliers de serrage installés par la personne qui m’a préparé le vélo vient de casser. Les autres suivent le même chemin. Perforer un collier de serrage pas fait pour ça n’est pas une bonne idée.

Donc, à La Rochelle, je dois me décider à encore prendre le train. Je rejoins alors Saintes. Je passe deux jours avec Sylvie, Christian, Odile et Adem. On cause, on picole, on se balade. Ils m’emmènent à nouveau voir les extraordinaires carrières sculptées de Port d’Envaux.

Pendant les pauses, Christian s’occupe du vélo : accroches ultra solide pour le porte bagage avant et changement du porte bagage arrière (celui mis par la personne qui m’a préparé le vélo pour le voyage ne convenait pas pour le voyage…).

Tout est fin prêt le 27 mai. Ca fait 10 jours que je suis partie de chez moi. J’ai fait 220 km et j’ai déjà pris 4 trains…

J’ai donc croisé 3 mécaniciens vélo qui, d’une façon ou d’une autre m’ont mis dans une sacrée merde. Je ne les balancerai pas ici. Je leur ai écrit un mail à chacun il y a quelques jours. Celui qui m’a fait la petite réparation loupée à Luçon m’a répondu, celui qui m’a préparé le premier vélo m’a répondu. Par contre, pas encore de nouvelles de la personne qui m’a préparé le vélo neuf et a foiré les deux porte bagages, et à qui j’ai donc donné la somme la plus élevée.

JOUR 12 à JOUR 16

Le matin du 12e jour, je suis donc à Royan, à attendre le bac, pour enfin commencer à rouler de l’autre côté du fleuve, en Gironde. En rangeant le vélo un peu rapidement dans le bateau, je l’attrape par la selle… qui me reste entre les mains. J’arrive donc en  Gironde, pour mes premiers kilomètres avec une selle cassée. Je perdrai encore 2h et 30 euros pour trouver une selle neuve un dimanche… C’est mon petit côté Pierre Richard… Ouais, parce qu’il y a deux ou trois autres trucs que j’ai pas raconté, comme mon lacet emberlificoté dans la pédale, par exemple…

Mais me voilà enfin pour de vrai sur la route. Je roule dans les pins, c’est dépaysant. Parfois joli, parfois non.

Le premier soir, à Hourtin Plages, je suis très généreusement hébergée par Baptiste, un jeune saisonnier voyageur et lecteur.

Il m’offre une première soirée de voyage parfaite. Il me faut bien ça pour panser les blessures causées par l’inactivité des 10 jours précédents.

Le lendemain, le chemin est superbe. Je passe deux heures sur une immense route fermée aux voitures au milieu d’une forêt ancienne superbe. Le bruissement des oiseaux n’est troublé que par le ressac de l’océan au loin. Je tente de débusquer les animaux derrière chaque arbre, mais je ne trouve aucun sanglier, ni chevreuil… L’impression d’être seule au milieu de nulle part est violente. Il me tarde alors de parcourir les forêts lapones.

Je m’amuse aussi quelques kilomètres sur l’ancienne piste cyclable très détériorée.

Petit à petit je m’approche du bassin d’ Arcachon, que je traverse par une piste cyclable située dans le périurbain : je fais 50 km de lotissement ! Il parait qu’une autre piste par la baie est possible, je n’en ai pas vu une seule fois la signalisation. J’aurais bien pris celle du Cap Ferret mais le prix de la navette bateau entre le cap et Arcachon est absolument scandaleux. Donc, après 50 km de périurbain, où le lotissement est roi, quel kif d’arriver enfin devant la dune du Pilat. Je l’avais toujours vue de la route. Il est va falloir y grimper maintenant !

Depuis le temps que j’entends causer, je ne m’attendais pas à autant de beauté, autant de grandeur. C’est fascinant, surtout à deux kilomètres de l’accès officiel, en fin de journée. Il n’y a que mes pas.

Attention scoop, voilà un selfie

Oui, je sais le selfie-ombre est passé de mode depuis 15 ans… Sinon, la mer de pins est très impressionnante aussi

Il est temps de quitter le Pilat pour continuer vers le sud. Certains chemins sont toujours magiques. A cette époque-là, les pistes cyclables de la région sont quasi désertes. L’immersion est sauvage et marquante.

Et la difficulté de quelques rares pentes à 10% est compensée par l’arrivée sur les lacs sublimes aux allures polynésiennes, dans lesquels je me jette tout habillée avant de reprendre la route, enfin rafraîchie.

JOUR 17 à JOUR 21

J’ai un rendez-vous important dans le Béarn, je dois donc faire un saut de puce en train. Le jour 17, je file donc attraper un train à la gare de Dax. Une petite bagatelle de 80 km dans des paysages aussi charmants que ça

Ou ça

C’est donc un bonheur d’arriver enfin dans le verdoyant Béarn, sur les rives du Gave de Pau.

Il me reste encore une bonne vingtaine de kilomètres avant d’arriver chez mon amie de longtemps, Natalia et sa fille Louise. Comme il semblerait que j’ai encore un peu d’énergie, je prends le sentier VTT qui longe le gave. Je m’amuse des difficultés du chemin avec mon vélo chargé comme un baudet.

Je dois même enlever les sacoches avant dans un passage difficile. Puis, j’arrive sur une véloroute agréable qui me conduit à Nay.

Les forêts de pins sont derrière moi. Je finis ma journée avec un petit record personnel, dont je ne suis pas peu fière

106 km, putain ! Et à 90 km, je faisais encore la maligne sur le sentier VTT avec mon vélo chargé. Enfin, je roule ! Je fais un pause de quelques jours chez Natalia et Louise. On en profite pour se balader (et mon vélo pour crever, Pierre Richard, again). Le 5 juin, j’oublie de fêter mon clopxit : 1 an sans tabac, qui a rendu possible la reprise du vélo, puis le voyage, etc.

JOUR 22 à JOUR 24

Je quitte Nay, une ville qui a quand même de la gueule

Après 4 jours de mauvais temps, les Pyrénées veulent bien enfin se découvrir. Je n’ai pas pédalé depuis 4 jours, je suis rouillée et je galère bien dans les côtes. J’ai toujours les Pyrénées dans le dos et je me retourne sans arrêt.Devant, c’est pas mal non plus

Je traverse quelques forêts

Et j’observe un moment les rapaces qui tournoient autour d’un tracteur remuant la terre (en Bretagne, ce sont les goélands qui font ce manège)

Puis, je quitte la plaine pour attaquer les coteaux du Gers.

Je ne suis pas aidée par la température à l’ombre

Mais moi, je roule pas à l’ombre

Il fait terriblement chaud, les pentes à 15% s’enchaînent,

je marche presque autant que je pédale. Mais c’est sacrément beau.

Au sommet de chaque coteau s’ouvre une vue sur les Pyrénées. J’ai dû en grimper une petite dizaine. Je comprends mieux maintenant ce relief qui m’avait toujours intrigué dans le sud du Gers sur google earth

D’ouest en est, le relief n’offre aucune trouée. Il faut sans cesse monter sur un coteau, descendre dans le vallon, remonter un kilomètre plus loin… Sous 35° à l’ombre, c’était pas facile, mais j’ai quand même réussi à enfiler 55 km à ce régime.

Demain, je me dirige vers Toulouse pour croiser Cécile (j’ai rencontré son ami Hugo, aujourd’hui au détour d’un coteau), puis le Tarn et Garonne, le Lot et la Corrèze.

Le démarrage difficile n’a pas entamé l’envie et la motivation. Les rencontres sont étonnantes. Le voyageur à vélo intrigue et force la sympathie. Je m’arrête 5/6 fois par jour pour discuter avec des personnes sur le chemin. Certaines rencontres sont plus jolies que d’autres. Je n’ai pas encore roulé beaucoup, 750 km seulement (j’ai dû faire environ 400 km en train). Je suis pressée d’entamer le mois à venir. Dès dimanche, je n’ai plus de rendez-vous copains avant le 10 juillet. Un mois de liberté totale, donc.

En lenteur, et en liberté.

A bientôt !

Tous les crédits photos sont : Meylilo pour Les stradanautes

5 réflexions sur “En décélérance §4 : J1 à J24, un lent démarrage

  1. En espérant sincèrement que les galères des premières semaines ne sont que des mauvais souvenirs! Les photos sont superbes, bonne route! Isabelle et Jean Michel

    Aimé par 1 personne

  2. Bravo pour joli périple que tu réalises avec courage . Ta maman peut être fière de toi ! Mets bien ton casque.,,

    Pierrick Le jardinier bio/
    journaliste jardin honoraire

    Aimé par 1 personne

  3. Bravo, et merci pour ces magnifiques photos.
    Profites de chaque coup de pedale et de ta jeunesse !!!
    Les galères s’oublient, seul le résultat restera…
    Cousine Linet

    Aimé par 1 personne

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