En décélérance § 5 : J25 à J34, entre Gers et Lot

Il semble que la version mi-mots mi-photos soit en train de devenir la norme pour raconter mon voyage à vélo. Je n’arrive jamais à prendre le temps de d’écrire un texte plus construit. Voici donc le mi-mots mi-photos d’une dizaine de jours entre le Gers et le Lot 

JOUR 25 à JOUR 30

Toujours au sud du Gers, Cécile et ses filles, Camila et Erin, viennent me rejoindre une après-midi pour profiter de la fraîcheur du lac de l’Astarac. Beauté, joyeuseté et tranquillité.

Le lendemain, je me prépare à mon extraction des coteaux du Gers. Pas de chance, il fait encore plus chaud,

température à l’ombre, bien sûr, tandis que je grimpe cette côte sans fin en plein soleil

Comme toujours, là-haut, la vue est à la hauteur de la hauteur. La brume de soleil empêche de discerner les Pyrénées dans le fond. Ce coteaux est le dernier que je grimpe, je me dirige doucement vers la plaine.

J’en profite pour faire un bilan mitigé de ma traversée du sud du Gers. Si j’ai aimé cette géographie qui se mérite et reconnu les qualités esthétiques de ces coteaux, je ne suis pas tombée en pâmoison devant. Les couleurs de la campagne et des villages sont dominées par les tons jaunes, ocres, marrons, vert cru, qui ne m’ont pas charmée. Il y a trop de champs cultivés, et cela manque terriblement d’eau à mon goût. Dans les vallons, les cours d’eau sont étroits et boueux, les lacs sont superbes mais très rares, impossible de trouver ni fontaines ni lavoirs dans les villages… En en plus, les rencontres ont été très limitées, peu intéressantes et je me suis même engueulée avec deux personnes différentes. Sûrement une mauvaise coïncidence, mais c’est mal tombé.

Je suis donc heureuse de quitter la région. Il semble que mon petit air de Pierre Richard se confirme, puisque je passe les 26h suivantes bien galères, à accumuler de mauvais choix et de fâcheux hasards. On notera un bivouac en ville bien stressant, une nuit de sommeil sans sommeil, une agression minime dès les premiers kilomètres de redémarrage, une errance de 15 km dans les lotissements de la banlieue de Toulouse, des passages prévus pour les vélos… mais pas pour les vélos de voyage ! Et quand il n’y pas une bonne âme à proximité, il faut entièrement désacocher le vélo et faire des allers-retours pour venir à bout des escaliers…

Enfin, j’atterris dans le camping de Toulouse, un camping de ville, qui ressemble à un petit village car la plupart des mobilhomes sont habités à l’année. Il y a un peu de déco extérieur et même des potagers.

Je m’apprête à me coucher très tôt après 36h de veille et deux fois 60 km sous 38°. C’était sans compter sur l’invitation à boire un verre de mes voisins de tente, Martin et Sylvain, militaires en stage à proximité. Comme on passe un moment agréable, et qu’on boit quelques verres, je finis par passer la soirée avec eux.

J31 à J34

Le lendemain, je remonte le canal d’entre deux mers jusqu’aux abords de Montauban.

Je fais une pause technique car Slowboda II a un besoin urgent d’entretien. Il faut notamment que j’arrive à enlever les dernières traces d’huile d’olive généreusement étalées pour graisser la chaîne 10 jours auparavant. À ne pas refaire. Ceci dit, ça m’a permis de fabriquer un cambouis d’excellente qualité : épais, gras, odorant, et laissant des traces presque indélébiles sur le mollet droit. Le premier jour, en traversant un village, je cherchais quelle friterie de bord de route pouvait sentir aussi fort l’huile rance. En traversant la forêt suivante, j’ai bien compris que c’était moi qui laissait cette odeur écœurante dans mon sillage, odeur causée par l’huile végétale de la chaîne, cuite et recuite au soleil caniculaire.

J’hésite un moment sur la poursuite du chemin. Soit continuer sur le canal (une véloroute, c’est à dire une autoroute à vélos) et récupérer la vallée du Lot, plus haut (véloroute également), ce qui me permettrait de rouler sur du plat et de rencontrer du monde (depuis que je suis arrivée au nord de Toulouse, je m’arrête à nouveau toutes les heures pour discuter un brin), soit, suivre mon idée de départ, rejoindre les superbes gorges de l’Aveyron surplombées de quelques villages perchés. Je n’ai pas envie de me refaire une semaine sans communiquer. C’est pesant, on ne part pas seul en voyage pour rester seul ! Malgré tout, les solitaires apéro-carto pour envisager la route du lendemain sont franchement agréables.

Finalement, la monotonie du canal (comme de tous les canaux d’ailleurs) me plombe d’un mortel ennui au bout de quelques dizaines de kilomètres déjà.

Je prolonge d’une journée mon arrêt technique car les rencontres ressourçantes et amusantes s’enchaînent. Il fallait au moins ça pour reprendre force et confiance après la traversée du déGers. Je passe une soirée avec Jon, un cyclovoyageur néerlandais amoureux des péniches et capable de refaire 40 kilomètres en arrière pour retourner voir un bateau ancien dont la vision l’avait empêché de dormir,

avec Maëlle une jeune étudiante en stage avec qui je parcourrai 4 km à pied à minuit dans l’espoir de trouver quelque bistrot ouvert dans le village, en vain, nous dessaoulant donc au lieu de nous saouler,

avec un gardien de nuit aux allures d’un personnage de film des frères Coen, investi de sa mission jusqu’au bout du pantacourt, bardé d’écussons ‘sécurité’, équipé d’un talkie-walkie et d’une oreillette énorme au clignotement bleu, se déplaçant au volant d’une voiturette de golf électrique comme s’il pilotait la bagnole de Starsky et Hutch (sur laquelle il oublie parfois de mettre le frein à main lorsqu’il en descend, la voiturette continuant donc son petit bonhomme de chemin tout en douceur à ses côtés, tel un fidèle destrier). Malgré son aspect hautement comique, ce monsieur se révèle adorable, pourvu d’une profonde voix grave et bien placée. Lorsqu’il nous annonce qu’il est un acteur récurrent de Groland, je ne peux plus parler durant quelques minutes, retenant fous rires intempestifs et hoquets de surprise. Quand la réalité dépasse la fiction, il n’y a plus qu’à s’incliner et se laisser bercer… Il nous raconte des petits secrets de tournage avec une fierté non feinte. Il a été recruté dans la rue par un chasseur de têtes, alors qu’il était encore flic, « il me voulait absolument », (tu m’étonnes…) Je me demande sans cesse s’il danse sur le 1er ou le second degré. Je me décide pour le second. Jusqu’au lendemain. Avec une grande gentillesse, il me donne une enveloppe contenant deux autocollants GRD (désormais collés sur Slowboda II), un document de l’ambassade de Groland, et… une impression A4 noir et blanc qualité brouillon où on voit la trame et les pixels, de lui avec Salengro, le président de Groland. Cette photo est dédicacée « en souvenir du camping »… Plongée directe dans le 1er degré, à nouveau… Avec lui, je ne saurai jamais…

Je rencontre aussi Chloé, cyclovoyageuse à vélo, avec qui les conversations ont beaucoup tourné autour des femmes seules en voyage. Décidément, ce sujet est loin de ne plus en être un, de sujet. D’ailleurs, j’entends au moins une fois par jour (parfois, 4, 5…): hein vous êtes seule ?, c’est pas dangereux ?, il est où Monsieur ?, vous n’avez pas peur ?, vous devriez être accompagnée, ça serait plus sûr !. C’est usant, chiant et pesant, mais c’est comme ça, faut bien s’y faire.

La pause technique et sociale est terminée. Il est temps de reprendre la route, et, après 3 jours de roulage en plaine, de se diriger vers les vallées escarpées. Voilà enfin les gorges de l’Aveyron, que j’attendais depuis si longtemps.

Dire que je les aurais rater si j’avais poursuivi sur le moche canal. Après un mois de route, je n’ai désormais plus aucune hésitation sur les chemins que j’aime. Je préfère mille fois les routes tortueuses et raides aux autoroutes à vélo qui font défiler un paysage plat quasiment identique du nord au sud et d’est en ouest de l’Europe.

Les gorges de l’Aveyron sont vraiment superbes. La route serpente à l’ombre de falaises de calcaire couvertes de vieilles forêts et de garrigues.

Vu les aménagements touristiques quasi inexistants sur 30 km et l’absence de villages, elles doivent être très paisibles en plein été.

Enfin, je peux à nouveau me baigner tous les jours.

Quand je roule, je ne m’arrête pas pour une longue pause, mais juste pour 10 mn, le temps de plonger toute habillée dans l’eau pour garder le bénéfice de la fraîcheur durant l’heure de roulage suivante. J’en profite pour donner un détail important : depuis 3 semaines, je n’ai pas roulé à moins de 30°. J’ai même plus souvent eu des températures au dessus de 35°. Toute source de fraîcheur est bienvenue. L’Aveyron est une rivière vraiment agréable pour se baigner.

C’est ici que je passe les 1000 km symboliques. Partie depuis 1 mois, c’est peu, mais vu les emmerdements et retardements que j’ai eu, j’avance quand même !

Je quitte les gorges pour grimper sur un des causses du Quercy. La pente est longue mais pas trop raide, à l’abri du soleil et peut-être aussi que j’ai de meilleurs mollets maintenant, car je la grimpe entièrement en pédalant.

Et là-haut, il y a ça.

et ça

Je suis un peu à l’essai sur les côtes. Je me suis entraînée principalement dans les doux reliefs bretons, où les côtes sont fréquentes mais très courtes. Avant d’arriver dans des régions au relief prononcé, je n’avais aucune idée de mon appétit pour la grimpette à vélo. Je suis à peu près sûre que je ne deviendrai jamais une chasseuse de cols, ni une collectionneuse de 200 (km). Mais arriver en haut de la côte, découvrir le paysage sur le nouveau versant et regarder de haut celui que l’on vient de quitter, est un moment assez magique (« waou, ce sont mes jambes à moi qui m’ont amené là ?! »). Faut dire que j’ai quelques handicaps en plus : un sacré poids à porter et 35°C à l’ombre en moyenne (les après-midi, je ne croise pas un seul cycliste de route, ils sont malins, eux, et ne sortent pas sous cette chaleur). Mais arriver en haut reste génial. Pour le moment, j’affectionne particulièrement les routes en corniche et les montées de causses.

Waou, ce sont mes jambes à moi qui m’ont amené là ?!

J’adore l’ambiance sur les causses, qui sont de hauts plateaux. Les terres arides ne permettant pas l’agriculture, la nature est très préservée. La végétation basse est riche, car peu de pesticides sont arrivés jusque là. Je passe une agréable soirée chez Mélodie et François, cyclovoyageurs et ferronniers de leur état, qui m’hébergent pour une nuit. Ils vivent dans un petit village du causse. Le lendemain, tandis que j’enfourche à nouveau le cyclo, ils partent se baigner dans le Lot et escalader quelque falaise. Je les envie un peu, tandis qu’eux m’envient un peu.

Redescente sur la vallée du Lot.

Baignade encore, dans le Lot cette fois-ci

Je remonte sur le vélo pour attaquer la vallée du Célé. (mais si !, faut se rappeler : « En décélérance : de la vallée du Célé à la vallée de la Rance, il est temps de décélérer ». Voilà, la vallée de la Rance, c’est où j’habite et la vallée du Célé, j’y arrive.) La vallée du Célé est une petite merveille. La rivière serpente paresseusement entre des falaises calcaires où s’accrochent quelques villages aux maisons troglodytiques.

Je trouve un petit endroit relativement idyllique où je vais pouvoir me poser pour me baigner plusieurs fois par jour et écrire ces petits bouts de texte.

La baignade, ça ressemble à ça au recto

et au verso

Je me suis installée au plus près

Le lendemain, je dois revenir sur mes pas sur une dizaine de kilomètres, car dans la vallée du Célé, on ne connaît pas les distributeurs de billets. Ça m’énerve un peu mais pas longtemps après réflexion : d’abord, c’est rassurant que certains lieux en France se tiennent encore à distance des réseaux connectés, et ensuite, ça me permet une sublime balade de vingt kilomètres avec le vélo léger. Je n’allais pas prendre un chemin déjà usité, donc je fouine un peu et je trouve la route de la corniche entre Saint-Cirq Lapopie et Bouziès. Faut grimper tout en haut, mais sans les sacoches, c’est easy ! Je n’entre pas dans Saint-Cirq Lapopie, village qui a eu la malchance d’être élu dans une quelconque émission télé, et est devenu un parc à touristes. Mais vu d’en haut, c’est pas mal beau

Et la route de la corniche sur laquelle je ne croise que deux ou trois voitures

Retour par le très beau pont de Bouziès

Et baignade,

et écriture

et baignade (comme le selfie-ombre est has been et que j’aime bien me baigner, je propose le selfie-planche),

et écriture (+ bière, car c’est l’heure)

Aujourd’hui, je remets cap au nord, direction l’est de la Corrèze, pour être dans une ville relativement grande demain, jour de la fête de la musique.

Belles et bonnes routes à tous,

En lenteur, et en liberté.

A bientôt !

Tous les crédits photos sont : Meylilo pour Les stradanautes

2 réflexions sur “En décélérance § 5 : J25 à J34, entre Gers et Lot

  1. Bonjour, les photos sont superbes, ça donne envie! La monotonie des canaux ne m’étonne pas…un peu… c’est bien. Alors, ouverture d’une baraque à frites ??? Quelle pêche! Bonne balade, même en Bretagne on frise les 35/36°…………..Isabelle

    Aimé par 1 personne

  2. Merci pour cette balade rafraichissante….enfin, juste lorsque tu es en bord d’eau….Pour le reste, chapeau! J’ai du mal à y croire….quelle persévérance!

    Aimé par 1 personne

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