En décélérance § 6 : J35 à J45, de la canicule au déluge

Suite du voyage à vélo des stradanautes ! Au menu de ce mi-mots mi-photos : peu de route, beaucoup d’attente, thon lidl, Saint-Nectaire, pain surgelé, canicule et pluie !

J35 à J38

Je quitte à regrets les bords du Célé, j’y serai volontiers resté plusieurs semaines…

Je pars de Cabrerets et je remonte la vallée jusqu’à Espagnac Sainte-Eulalie, une trentaine de kilomètres. C’est très beau et sauvage. Je m’attendais à croiser des villages un peu touristiques. Il n’en est rien. Je croise quelques belles maisons

Et quelques ruines troglodytiques (faut regarder attentivement)

Je regarde une dernière fois la vallée et je lève les yeux sur le causse où je vais grimper

C’est parti !

C’est toujours plaisant de prendre un peu de hauteur.

Vu comme ça c’est joli et facile. Mais en vérité, il fait une chaleur terrible. Je m’arrête toutes les 5 minutes pour boire et m’arroser de la tête aux pieds. Cette route est minuscule. Si je croisais une voiture, je devrais me mettre dans le bas-côté. Sur ce genre de routes, je fais des excès de prudence. S’il m’arrivait un truc, le temps qu’un être humain croise mon chemin, je ne servirais plus qu’à fournir en viande séchée tous les bergers du causse.

Quand on arrive sur un causse, tout change. Là, j’ai la chance d’être accompagnée par deux de mes modèles, avec qui j’entre en conversation un moment. Miyazaki :

et Nabokov, sous forme d’un nombre hallucinant de papillons de différentes espèces.

Heureusement qu’Hayao et Vladimir sont là, car ce causse m’ennuie rapidement. J’avais adoré le causse de Limogne, plus sauvage.
J’aperçois quelques chevreuils

et je croise des villages très jolis, mais complètement déserts

La désertification de la région que je traverse commence à être problématique en cette heure tardive. J’approche de mon point de chute, j’ai bien roulé, je suis fatiguée, et je n’ai absolument plus rien à manger. Je ne croise personne dans les villages pour savoir où se trouve le prochain commerce…
Au final, je me pose épuisée dans un camping vétuste et glauquissime.

J’ai fait 60 km, j’ai traversé une quinzaine de villages et je n’ai croisé aucun commerce, ni épicerie, ni boulangerie, ni café… Évidemment, c’est le jour où mes réserves sont vides. La canicule qui me poursuit depuis plus de 3 semaines, a, entre autres nombreux défauts, pour conséquence l’impossibilité d’avoir de vraies réserves de bouffe. Mais normalement, j’ai toujours du pain, des tomates et des fruits et des barres chocolatés (fondues bien sûr). Ce soir, il ne me reste qu’un morceau de pain très dur et, dans ma réserve de secours, une boite de sardines. C’est à ce moment-là que je comprends que ma réserve de secours n’a pas été intelligement pensée…

Par contre, j’ai bien préparé mon itinéraire, sur les routes les plus isolées possibles !

Je quémande au patron glauque du camping glauque un peu de nourriture. Je peux alors agrémenter mon pain dur avec du thon lidl glauque et un bout de fromage industriel glauque, réserves du patron qu’il n’oublie pas de me faire payer. Je suis tellement usée que je réalise seulement en me couchant que je n’ai rien à avaler pour le petit déj.

Au matin, je dois faire un détour de 10 km pour trouver à manger, le ventre vide, sous une chaleur déjà caniculaire. Sur ma carte, il n’y a qu’une grosse nationale pour rejoindre Gramat. Je demande à un voisin mobilhomien s’il connaît une route tranquille. Avec son fort accent savoyard, il m’offre un café (mais rien à manger) et m’indique un GR praticable à vélo. Chouette, encore une petite route !

Sur ce chemin perdu, je m’arrête pour parler avec un paysan. De fil en aiguille, j’en viens à parler de la famille de ma grand-mère, originaire du Lot. Il se trouve qu’il connaît une grande partie des cousins germains de ma grand-mère. La veille, j’ai également discuté avec un monsieur qui connaissait toute ma famille. Bon, le Lot, faut dire que c’est un petit département et que la famille s’est plutôt bien reproduite ! C’est quand-même assez marrant de s’arrêter au milieu de nulle part et de parler de souvenirs communs avec un monsieur qui ne passe sur ce chemin qu’une fois dans l’année ! Encore une rencontre complètement improbable !

Enfin, j’arrive à Gramat, où je me jette sur la boulangerie, le bistrot et la supérette ! Repue, je reprends la route vers le nord, pour descendre du causse par le cirque d’Autoire. Dès que je croise un ruisseau, je m’ablutionne…

J’aurais vraiment aimé pouvoir poser le vélo et faire la balade dans le cirque, jusqu’au château troglodytique, mais ça fait partie des inconvénients du vélo, on ne peut pas le laisser sur un parking désert.

Heureusement, la descente est déjà pas mal jolie

Et l’arrivée sur le village aussi

En traversant la rivière Dordogne, beaucoup de choses changent : du Lot à la Corrèze, de Midi-Pyrénées au Limousin, plateaux de calcaires aux plateaux de granit, végétation sèche à végétation verdoyante, accent du sud-ouest à accent du nord…

C’est aussi la dernière journée à plus de 30°. Je me baigne dans la Dordogne, plus fraîche que les rivières précédentes.

Je découvre un camping avec une guinguette au bord de l’eau.

Je me fais une joie de la soirée qui s’annonce. Nous sommes le 21 juin et un crooner est annoncé dans la guinguette. C’est ce que je crois en tout cas, car durant 2 h, dans le lieu encore vide, Monsieur crooner chante un grand nombre de reprises, avec les intonations adéquates pour imiter au mieux Eddy Mitchell ou Claude François. Malheureusement, grosse déception le soir venu, car il laisse le micro au public. C’est en fait une soirée karaoké… que je fuis bien vite et bien déçue.

J’en profite pour faire un aparté sur mes conditions de couchage. J’ai abandonné la solution bivouac pour le moment, car elle ne me convient pas dans le cadre de ce voyage en France. Je ne m’y sens pas bien, ni le soir, ni la nuit. Comme je roule dans des endroits extrêmement isolés, où je croise très peu de monde, j’ai besoin, le soir, de voir les gens vivre et de pouvoir faire des rencontres. Quant à la nuit, je crois que le bivouac solo n’est pas adapté aux insomniaques au mauvais sommeil : écouter les bruits de la nature jusqu’à 4h du matin, ou bien se réveiller toutes les demi-heures, c’est infernal. Déjà en camping ou dans un lit, c’est pénible à gérer, mais seule dans la nature, c’est impossible pour moi, en tout cas pour le moment. Eh oui, j’ai beau rouler 70 km dans la journée, sous plus de 35°C, avec de bons dénivelés, et pourtant, je ne m’écroule pas de sommeil et je veille jusqu’à 4h du mat… Ces heures d’insomnies sont infiniment longues et propices à des pensées exacerbées. Je pense que les insomniaques comprendront ! C’est pénible, mais on fait avec, chacun ses petits problèmes ! Je partage donc mes nuits entre les campings les moins chers possibles et le warmshower (réseau d’accueil de cyclovoyageurs).
Les campings c’est aussi pratique pour avoir, parfois, le wifi gratuit (je n’ai pas de smartphone), l’électricité et une bière fraîche.

J39 à J45

Le lendemain de mon arrivée en Corrèze, le temps change. Je viens de clôturer environ 4 semaines à plus de 30°C, avec de nombreuses journées entre 35 et 40. Avec en plus, les modifications de paysage et de géologie et d’architecture, le changement est brutal. En deux jours, je passe de ça

à ça

Je ne suis pas ici par hasard. Il y a plusieurs mois, j’étais tombée sous le charme de photos des gorges de la haute Dordogne. Je prévois de remonter la rivière dans cette région méconnue de Corrèze. Finalement, les dénivelés de dingue ont raison de mon projet initial. Je me contente de me balader à proximité, en restant au maximum sur le plateau et évitant les redescentes dans les gorges

L’architecture rurale me plaît beaucoup. Les matériaux sont à peu près les mêmes qu’en Bretagne, c’est amusant de trouver des repères dans les matériaux et les couleurs, mais pas dans les formes

Il y a des dizaines de granges comme celle-ci

Je quitte la rivière et sa vallée pour grimper sur le plateau. Plus en amont, la Dordogne est moins large qu’ici et a creusé des gorges.

Je déteste cette côte sans fin (plus de 4 km), et au couvert des arbres qui bouchent toute vue. Là, j’arrive à attraper un peu d’horizon entre deux virages

Là haut, on est à environ 500/600 mètres. Comme les causses, le plateau abrite de nombreuses variétés de plantes et de papillons, l’agriculture est limitée ici, et donc les pesticides aussi. Sinon, il n’y a que de la forêt, à perte de vue, infinie. Une forêt plutôt riche, avec de nombreuses essences. Le ciel sombre, les villages désertifiés et les forêts sans fin créent une ambiance mystérieuse.

Je ne suis pas mécontente de m’arrêter le soir chez un être humain… Et une chouette être humaine, qui plus est. Aude m’héberge pour la nuit. Elle a fait des choix de vie plutôt radicaux, dans le sens de la décroissance, qui m’impressionnent pas mal. On discute longuement et tard. Le lendemain, elle me conduit à un belvédère sur les gorges de la Dordogne. Je peux à mon tour, prendre la photo qui m’avait tant marquée il y a quelques mois. Je reste toujours autant fascinée par cet endroit sauvage. Je suis impatiente de m’y balader en kayak.

Aude me fait aussi essayer son tandem, à l’arrière, c’est une expérience de vélo nouvelle ! Je la quitte en début d’après-midi et je me dirige vers le lac de la Triouzoune

par tout un tas de

routes, toutes plus minuscules et désertes,

les unes que les autres.

C’est très vallonné, pas une surface n’est plane dans ce pays ! J’arrive au bord du lac, à Neuvic à 19h35, premier grand village de la journée. Évidemment, c’est trop tard pour acheter à manger. Au moment où je me fais une raison pour manger mes réserves de secours (désormais efficaces), je tombe sur une épicerie de produits locaux en plein déménagement. Les patrons m’expliquent que c’est leur dernier jour, qu’ils prennent leur retraite et qu’ils sont en train de tout vider. J’aperçois quelques victuailles encore en rayon, je me fais plaisir et achète un énorme morceau de Saint-Nectaire et un saucisson (je n’ai pas mangé ce genre de choses, chères et sensibles à la chaleur, depuis des semaines). Ils m’offrent des fruits, me montrent la route à suivre pour mon point de chute à 10 km de là, de l’autre côté du lac, et disent au-revoir à leur dernière cliente.

Je me réjouis d’avoir tout ça à manger, mais je n’ai pas de pain. Sur ma route, je croise un magasin, un peu à l’écart du village, j’ai bon espoir que ce soit une épicerie, je m’approche et c’est en fait une cave à vin, en pleine soirée dégustation de rhums arrangés. Comme le chaland est inexistant, j’occupe un moment les gars qui sont là (le patron, le représentant et l’importateur martiniquais de rhum). Je me fais offrir un énorme pain sorti tout droit du congel, et des punchs pas très bons. On discute et on rigole bien. J’apprécie ce genre de moment comme il faut, même si je commence à rêver de mon fromage et de mon saucisson,mais au moins ça laisse du temps au pain de décongeler. J’ai bon espoir de le manger d’ici peu. Je m’en vais quand les blagues concernant la taille de la bite des Martiniquais, suivies de rires gras, commencent à se faire récurrentes. Encore une petite dizaine de kilomètres de vallons et j’atterris enfin dans un chouette camping au bord du lac, juste à côté d’un resto. J’ai le temps d’y boire une bière après avoir monté ma tente. (ordre des priorités quand j’arrive tard dans un camping, et selon les possibilités : montage tente, baignade, bière, repas, organisation tente)

Le lendemain, je peux profiter du lac. C’est vraiment un endroit agréable et magnifique

Évidemment, je me baigne plusieurs fois, je fais mon selfie planche (un jour, j’y laisserai mon appareil photo…)

Je compte me poser dans ce camping trois jours, le temps de profiter du wifi gratuit pour préparer ma traversée du Massif central sur Openrunner, le génial site indispensable pour toute balade à pied ou en vélo. Définitivement, je n’aime pas les côtes, c’est donc une gageure de trouver le passage le moins vallonné sur les 300 km… Michel, un chasseur de col auvergnat rencontré sur les réseaux sociaux, me prépare un tiers du trajet, avec le moins de dénivelé possible et les paysages les plus grandioses. C’est adorable de sa part, car le « moins de dénivelé possible », c’est pas franchement son credo ! Je fais le reste un peu au pif, en cherchant les côtes les moins raides ! Grâce à Openrunner, je peux connaître l’exact dénivelé du terrain, plus c’est foncé plus la pente est raide ! (L’adorable gérant du camping me fait des impressions couleurs)

J’ai rendez-vous avec tout plein de bons copains autour du 10 juillet au nord de l’Ardèche. J’ai le temps ! Je me baigne, je pianote doucement sur Internet, je bois quelques verres avec Isabelle, une motarde en vacances en solo… Puis le ciel change. Plusieurs jours d’orages violents s’annoncent. Je n’ai même pas le temps d’aller dans les gorges pour faire du kayak, ni sur le lac. Je suis franchement déçue. Puis, je dois déplacer ma tente de là

à là,

car les branches d’arbres ont tendance à tomber… Il fait 10°C la nuit (hors vent et humidité), après 4 semaines à plus de 30°C, c’est assez violent. Je dois même remettre des chaussures fermées et des chaussettes et ça me gêne toute la journée. Je traîne durant plusieurs jours et ne fais pas grand chose d’intéressant. Je ne peux plus me baigner, c’est pas rigolo rigolo. Par contre, je peux enfin acheter de la nourriture qui se garde plus d’une heure, et ça s’est chouette. Heureusement, il y a une salle commune dans le camping, que je suis quasiment la seule à occuper. Je m’y suis fait mon petit coin bureau, avec internet et l’électricité, c’est top. C’est l’occasion de faire un petit bilan :

Il pleut vraiment sans discontinuer. Il faut enfiler le k-way pour faire 50 mètres ! J’espérais pouvoir repartir samedi, mais je dois encore attendre dimanche. Les orages sont terminés, mais les pluies sont encore diluviennes. Et avant mon départ, je dois consacrer une demi-journée à faire des courses à une quinzaine de km d’où je me trouve, ça sera donc pour demain.

Il va me rester à peine une semaine pour faire ce trajet, ce qui est un peu court pour moi qui n’aime ni les côtes, ni me dépêcher !

Waou ! Va falloir s’y remettre !

Belles et bonnes routes à tous,
En lenteur, et en liberté.
A bientôt !

 

 

 

 

Tous les crédits photos sont : Meylilo pour Les stradanautes

4 réflexions sur “En décélérance § 6 : J35 à J45, de la canicule au déluge

  1. Moi aussi, à vous lire, je décélère :) Et il est plaisant, oui, de traverser avec vous ces paysages, en partageant la réalité d’un voyage qui -s’il n’est pas de tout repos ! – n’en reste pas moins une sacrée expédition.

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